Hymne
pour la Fête-Dieu
(Jean Peckham, v.1240-1292)
Simone Martini (v.1280/1285-1344),
Elévation de la Sainte Hostie par saint Martin, fresque, Assise, 1312-1317.
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Ave, vivens Hostia, veritas et
vita,
In qua sacrificia cuncta sunt
finita.
Per te patri gloria datur infinita,
Per te stat ecclesia iugiter
munita.
Salut, vivante Victime, vérité et
vie,
En qui tous les sacrifices sont
consommés.
C’est Toi qui donnes au Père une gloire
infinie,
C’est Toi qui sans cesse protèges
l’Eglise.
Ave, vas clementiae, scrinium
dulcoris,
In quo sunt deliciae caelici
saporis,
Veritas substantiae tota
salvatoris,
Sacramentum gratiae, pabulum
amoris.
Salut, vase de clémence, écrin de
douceur,
En qui résident des délices d’une céleste
saveur,
Vérité totale de la substance du
Sauveur,
Sacrement de la grâce, aliment de
l’amour.
Ave, manna caelicum verius legali,
Datum in viaticum misero mortali,
Medicamen mysticum morbo spiritali,
Morte dans catholicum vitae
immortali.
Salut, manne céleste plus vraie que celle de la
Loi,
Donnée en viatique au misérable
mortel,
Médicament mystique pour la maladie
spirituelle,
Donnant par la mort la foi en la vie
immortelle.
Ave, corpus Domini et munus finale,
Corpus iunctum numini, nobile
iocale,
Quod reliquit homini in memoriale
Cum finali termini mundo dixit
vale.
Salut, corps du Seigneur et récompense
finale,
Corps uni à Dieu, noble plaisance,
Qu’il laissa en mémorial à l’homme
Lorsqu’au terme final il dit adieu au
monde.
Ave, plenum gaudium, vita beatorum,
Pauperum solacium, salus miserorum.
Grande privilegium est hoc
viatorum,
Quorum sacrificium merces est
caelorum.
Salut, plénitude de joie, vie des
bienheureux,
Soulagement des pauvres, salut des misérables
;
Il est la grande faveur des
voyageurs
Pour qui le sacrifice est la rançon des
cieux.
Ave, virtus fortium, obvians
ruinae,
Turris et praesidium plebis
peregrinae,
Quam insultus hostium frangera non
sine,
Ne vi malignantium pereat in fine.
Salut, vertu des forts qui préserve de la
ruine,
Citadelle et défense du peuple
pélerin,
Que tu interdis aux assauts des ennemis de
briser,
Et à la violence des méchants de faire périr à la
fin.
Hic Iesu veraciter duplex est
natura,
Non est partialiter nec solum
figura,
Sed essentialiter caro Christi pura
Latet integraliter brevi sub
clausura.
Ce Jésus est vraiment de double
nature,
Il n’est ni partiellement ni uniquement une
figure,
Mais la chair par essence pure du
Christ
Se cache intégralement sous cette étroite
clôture.
Caelo visibiliter caro Christi
sita,
Forma panis aliter latet hic vestita
;
Solus novit qualiter, hanc qui ponit
ita,
Potest hoc faciliter virtus
infinita.
Si la chair du Christ est visiblement placée au
ciel,
La forme du pain se cache ici sous un autre vêtement
:
Seul celui qui l’a placée ici a su
comment
La puissance infinie peut cela
facilement.
Sumptum non consumitur Corpus
Salvatoris,
Idem totum sumitur omnibus in
horis,
Forma panis frangitur dente
comestoris,
Virtus carnis sugitur morsibus
amoris.
Absorbé, le corps du Sauveur n’est pas consommé
;
C’est pourtant le même qui tout entier est absorbé à toute heure
;
La forme du pain est brisée par la dent de celui qui le
mange,
La vertu de la chair est aspirée par les morsures de
l’amour.
Christus nihil patitur huius laesionis
;
Forma panis solvitur vi digestionis
;
Tunc, si Christus quaeritur, est in caeli
thronis,
Sicut vult, hinc tollitur datis vitae
donis.
Le Christ ne souffre pas de cette atteinte
;
La forme du pain est dissoute par la force de la digestion
;
Alors, si l’on cherche le Christ, il est sur les trônes du
ciel,
A sa volonté, il s’élève d’ici-bas après avoir donné les dons de
la vie.
Hoc ardoris calculo veni nos
ignire,
Hoc amoris stimulo frange motus
irae,
Et eodem ferculo qui nos vis
nutrire,
Velis cordis vinculo fortiter
unire.
De ce charbon d’ardeur, viens nous enflammer
;
Par cet aiguillon d’amour, brise tout mouvement de colère
;
Et Toi qui nous veux nourrir du même
aliment,
Veuille nous attacher fortement par les liens du
coeur.
Moris est amantium invicem sitire,
Ut arcana cordium possint introire
;
Sic vult Rex regnantium caritatis
mirae
Cibando fidelium intima subire.
L’habitude des amants est d’avoir tour à tour
soif
D’entrer dans les arcanes de leurs coeurs
;
C’est ce que, par une admirable charité, veut le Roi des rois
:
Atteindre le coeur des fidèles en étant pris comme
aliment.
O Iesu dulcissime, cibus salutaris,
Qui sic nobis intime tribui
dignaris,
Mala nostra deprime fletibus amaris
Et affectus imprime, quibus
delectaris.
O très doux Jésus, aliment de
salut
Qui daignas ainsi te répartir au fond des
êtres,
Atténue mes fautes par mes pleurs
amers,
Et imprègne les sentiments de ceux qui
t’aiment.
Iesu, vivens hostia, placa
maiestatem,
Sacramenti gratia confer sanitatem
;
Pauperum substantia, da
aeternitatem,
Domini memoria, fove caritatem.
O Jésus, vivante victime, que ta grandeur
s’apaise,
Par la grâce de ton sacrement, accorde le
salut,
Par ta substance donne l’éternité aux
pauvres,
Et par ta présence, échauffe
l’amour.
Vanitatem spernere fac nos,
consolator,
Hostes dona vincere, Christe,
propugnator,
Et quod doces credere, Iesu,
reparator,
Per te tandem cernere da,
remunerator.
O consolateur, fais-nous mépriser les choses
vaines,
O Christ combattant, accorde-moi de vaincre
l’Ennemi,
O Jésus réparateur, donne-moi de croire à ce que tu
enseignes,
O Rémunérateur, fais enfin que je te voie
!