Séquence pour le Vendredi Saint

Publié le par VexillumRegis

Séquence pour le Vendredi Saint
(Anonyme, XIIème siècle)


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Paolo Veneziano, Crucifixion, v. 1340.

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Crucem tuam adorámus, Dómine, et sanctam resurrectiónem
tuam laudámus et glorificámus : ecce enim propter lignum venit gáudium in univérso mundo.

Nous adorons votre croix, Seigneur : nous célébrons et glorifions votre sainte résurrection ;
car c'est par cet arbre que la joie est venue dans le monde entier.


Antienne pour l'adoration de la croix

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Aram crucis
Omnes lucis
Adorate filii,
Enfants de lumière,
Adorez tous
L’autel de la croix,

Qua damnatis
Datur gratis
Spes et res auxilii.
Par lequel l’espérance
Et la réalité du secours
sont donné gracieusement aux condamnés.

Agni sanguis hanc sacravit,
Praesul pacis hac piavit
Crimen Adae veteris ;
Le sang de l’Agneau l’a consacré,
Le chef de la paix a expié sur lui
L’ancien péché d’Adam ;

Ligni Fructus iam redemit,
Ligni gustu quos peremit
Mater nostri generis.
Le Fruit de l’arbre a racheté
Ceux que la mère de notre espèce
Avait perdus pour avoir goûté de l’arbre.

Hoc pependit,
Hoc tetendit
Se salutis Opifex ;
C’est sur lui que s’est pendu,
C’est sur lui que s’est étendu
L’Artisan du salut ;

Hinc captivos
Reddit vivos
Primae fraudis artifex.
Là, l’auteur de la première perfidie
A rendu ses captifs
Vivants.

Botro, vecte qui portatur,
Botrus iste figuratur
Ligno pendens,
Sed transcendens
Omnem sensum hominis.
Par la grappe qui est portée à la cuve
Est figurée cette grappe
Suspendu à l’arbre,
Mais transcendant
Toute intelligence humaine.

Iste mortis tulit prelum,
Liquor huius pandit caelum,
Dat virtutem,
Dat salutem
Fide suis nominis.
Celui-ci a supprimé le pressoir de la mort ;
Sa liqueur a ouvert le ciel :
Elle donne la force,
Elle donne le salut
Par la foi en son nom.

Signum crucis,
Donum lucis,
Terror hosti
Fit, si posti
Fide sit illitum ;
Que le signe de croix,
Don de lumière,
Soit la terreur de l’ennemi,
Si toutefois la foi
L’a apposé sur le jambage [de la porte].

Cessat caedens,
Fugit laedens,
Mors non nocet,
Qua se docet
Dominus inditum.
Elle cesse de tuer,
Elle s’enfuit blessée,
Elle ne nuit plus, la mort,
Lorsque la croix indique
L’entrée des maisons.

Ipsa crucis quadra forma
Spiritali monstrat norma,
Spes ut sursum sit in caelis,
Mens profundo sit fidelis,
Caritate dilatetur,
Feret longum, quo probetur.
La forme carrée même de la croix
Montre la règle spirituelle :
Pour que l’espérance soit en haut dans les cieux,
Et l’âme profondément fidèle,
Il faut qu’elle soit dilatée par la charité,
Et qu’elle porte longtemps ce par quoi elle sera éprouvée.

Mortem vastat, caelum ditat,
Hos relinquit, hos invitat,
Hins Iudaeos, illinc gentes,
Hos aversos, has credentes,
Crux tribunal Iudicantis,
Factis aequa compensantis.
Elle dévaste la mort, elle enrichit le ciel ;
Elle abandonne les uns, elle invite les autres,
Ici, les Juifs, là, les païens,
Ici, les impies, là, les croyants,
La croix, tribunal du Juge
Qui pèse les actes de chacun avec équité.

Per transversum duo ligna
Dant alternae pacis signa
Pias mentes, quas benigna
Semper nectit caritas.
Les deux bois en travers
Forment l’étendard d’une paix mutuelle,
[Signifiant] les âmes pieuses que la charité
Pleine de bonté assemble toujours.

Cruce praedo mundi perit,
Crux hostiles vires ferit,
Crux salutem mundo gerit,
Crux est mundi claritas.
Par la croix, le brigand du monde périt :
La croix frappe les forces ennemies,
La croix porte le salut au monde,
La croix est l’illustration du monde.

Regnum mortis iam decrescit,
Regnum vitae convalescit,
Sceptrum pacis late splendet,
Ex quo Pax in cruce pendet.
Le royaume de la mort maintenant décline,
Le royaume de la vie s’accroît,
Le sceptre de la paix brille au loin,
Par lequel la Paix pend sur la croix.

Orbis crucis per tropaeum
Credit unum verum Deum ;
Larvae ruunt idolorum,
Fides pollet electorum.
Par le trophée de la croix, l’univers
Croit en un seul vrai Dieu,
Les fantômes des idoles s’abattent,
La foi des élus l’emporte.

Mare sonet,
Aer tonet,
Haerens ligno
Sub maligno
Nunquam fluctu mergitur.
La mer retentit,
L’air tonne :
Qui s’attache à l’arbre
Sous le flot méchant
Jamais ne sera submergé.

Pandat velum,
Spectet caelum,
Fides cruce
Fida duce
Patriam pervehitur.
Que la voile s’ouvre,
Que le ciel regarde,
La foi en la croix,
La conduite de la croix
Nous transporte en notre patrie.

Agne Dei, cuius sanguis
Dirum virus fugat anguis,
Tuae crucis
beneficio
Nos ab omni
sana vitio.
Agneau de Dieu, dont le serpent
Fuit le poison cruel qu’est son sang,
Par le bienfait
De la croix
Guéris-nous
De tout vice.

Tuum Pneuma nobis dona,
Nos illustra fide bona,
Sanctae pacis
reple gratia,
Tui vultus
luce satia.
Donne-nous ton Esprit,
Illumine-nous par la foi bonne,
Comble-nous de la grâce
De la sainte paix,
Rassasie-nous de la clarté
De ton visage.

***

Aujourd'hui s'avance la croix, la création exulte ; la croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l'univers, fondement de l'Église, fontaine pour ceux qui ont soif. Aujourd'hui s'avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd'hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu'aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant ses douleurs à toute heure : il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire ; à la sixième heure on le raille ; jusqu'à la neuvième heure, il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa Passion. A la douzième heure, il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort. Alors il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l'heure de midi, il dit : « Me voici, je viens. » Et toute l'armée se dresse aussitôt. (...)
Désormais, par la croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'Apôtre : « L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles. » La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie. La croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples viennent pour l'adorer. Nous trouvons en elle notre joie avec le bienheureux Paul qui s'écrie : « Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la croix de Jésus-Christ notre Seigneur. » La croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, du Nord, de la mer et de l'Orient en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire... (...) Cette croix paraîtra lors du retour du Christ, la première dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du Grand Roi : « Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme. » Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le jour du Seigneur.


Saint Ephrem le Syrien, diacre

Publié dans Semaine Sainte

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